robert caby

éléments  de  biographie

 

notes  biographiques  et  TÉMOIGNAGES

 

1 - Biographie de Robert CABY par son fils Frédéric Caby

2 - Robert Caby musicien - Présentations par :   Igor MARKEVITCH - Thierry BODIN - Jean ROY - Robert ORLEDGE - Olof HÖJER -

3 - Robert Caby dessinateur : présentation par Frédéric CABY

4 - Robert Caby militant : présenté par :  « Les Cahiers Léon Trotski » - le Dictionnaire «MAITRON»

 

 

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BIOGRAPHIE  DE  ROBERT  CABY

par son fils Frédéric CABY

 

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Robert Caby est né le 25 Mars 1905 à Venette, dans l’Oise, à quelques kilomètres de Compiègne. Son père Auguste Caby était comptable, sa mère Blanche Forterr, née en 1870, était institutrice à l’école communale de Longueil-Annel, village voisin, dont sa sœur Marguerite Forterr était directrice[1]. Robert a une sœur, Suzanne, née en 1906. Mon père m’a raconté le plaisir qu’il prenait, tout enfant, à relayer sa mère en classe pour apprendre à lire aux plus jeunes.

Mais sa mère abandonne l’enseignement pour des raisons obscures, et le couple vient tenir le grand café de la place de l’Hôtel de Ville de Compiègne, et Robert fréquente le lycée de Compiègne et prend ses premières leçons de piano[2]. Il restera très attaché à cette Oise qu’il reviendra plus tard revisiter en gardant contact avec le reste de sa famille qui s’y était fixée, et qu’il sillonnera à vélo ainsi que les départements voisins. Mais les combats de la Grande Guerre se rapprochent et la famille se réfugie à Saint-Nazaire, puis à Lorient où Robert poursuit ses études. Quand la famille regagne Compiègne en 1919, le café a été détruit par une « bombe volante » en même temps qu’un bonne partie de la place. Grâce aux « dommages de guerre », la famille achète un pavillon en banlieue parisienne, à Champigny sur Marne. Robert, qui perdra son père en 1930 et sa mère en 1949, y habitera jusqu’en 1967.

 Robert poursuit ses études au lycée Louis le Grand, puis au lycée Saint-Louis. En fin de première, il échoue à son baccalauréat en section sciences, et il l’obtient en section lettres après un travail acharné durant les vacances pour maîtriser la langue grecque, a-t-il raconté, et enfin en section philosophie en 1923. Il lit beaucoup à cette époque. Après une année d’hypokhâgne où il côtoie Sartre et Nizan[3], il est recalé à l’École Normale Supérieure. Fin 1924, il se lie avec Érik Satie[4] qu’il rencontre souvent au Dôme, et dont il devient le confident jusqu’à sa mort. L’admiration qu’il lui voua toute sa vie fut à l’origine d’innombrables articles, causeries, concerts, et éditions d’inédits pour mieux faire connaître l’œuvre et la personnalité du compositeur.

Il habite à cette époque chez ses parents à Champigny, mais il a une chambre au 22 rue Lepic[5]. Il publie des critiques, des dessins ( Portraits de Satie ), des poèmes, des interview ( Delteil, Ivan Goll ) dans des revues : la revue Montparnasse ( Géo-Charles ), les cahiers Des Poèmes et Ceux qui viennent ( Guy Levis-Mano et Gaston Poulain ). En octobre 1926, il part au service militaire en Algérie[6]. Durant cette période, il écrit des poèmes et des proses, il échange une correspondance presque quotidienne avec sa famille, et il crée un orchestre de jazz dont il est le pianiste. à son retour, il s’occupe de l’animation musicale du « Studio 28 », il exécute de nombreux dessins dans un style surréaliste très original[7].

Il se lie dès cette époque avec Darius Milhaud, André Breton, Éluard, Picabia, Prévert, Igor Markevitch, Roger Désormière, Brancusi, Picasso. Il écrit des critiques musicales et artistiques dans des journaux comme L’Humanité [8] ( de 1928 à 1932 ), Le Petit Parisien et Monde. C’est là qu’il rencontre Simone Dumas, caricaturiste, collaboratrice de Barbusse et de Monde, et il l’épouse en décembre 1930. Le couple habite 62 rue Brillat-Savarin, puis 89 avenue Félix Faure, puis à Gagny chez la mère de Simone de nouveau veuve.

Dans l’enthousiasme de son activisme politique[9], Robert est l’un des organisateurs des concerts mensuels de la Semaille à la Bellevilloise en 1929. Là, il fait connaître à la foule ouvrière, non seulement la musique des grands maîtres, depuis le Padre Soler jusqu’à Chabrier, mais aussi celle de ses contemporains, de Satie de qui il fait donner le Socrate, de Milhaud et du Groupe des Six, de Debussy, Ravel, Albeniz, de Falla. Il obtient la participation d’artistes de premier plan comme Marya Freund, Jane Bathori, Suzanne Peignot, le quatuor de Vienne, mais lui-même se met au piano avec d’autres compositeurs comme Jean Wiener, Henri Sauguet, Germaine Tailleferre ou Maurice Jaubert. Pour varier l’intérêt des programmes, il introduit dans ces concerts de la « musique phonographique », de la musique exotique, du jazz, des exposés d’analyse musicale.

Robert Caby a déjà commencé à composer, on peut s’en faire maintenant une idée en examinant pour cette époque le début du catalogue de ses œuvres[10] :

 

                                                                                                       Texte :

1925            Deux chants                                                             Anonyme

1925            Vers le sud                                                              Apollinaire

1925            L’adieu du cavalier                                                  Apollinaire

1925            Tourbillon de mouches                                            Apollinaire

1928            Le Départ ( 1° Version )                                         Apollinaire

1928            Trois chants                                                            Suzanne Bounine[12]

1928            Sur des paroles nègres                                            Anonyme

1930            Deux poèmes païens                                               Julien Fricoteau

1931            En forêt                                                                  Germain Nouveau

1933            Chant des pêcheurs de perles[11]                            L.Aragon

1933            Deux nocturnes                                                        ( pour piano )

1933 ?         La Nouvelle Ronde                                                  L.Aragon

1934            L’usine où je travaille                                              Martin Russak

1935            Sept sonnets de                                                      W.Shakespeare

1937            La rose malade                                                       Wiliam Blake

1937            Novembre 1936                                                     Paul Éluard

1937            L’avenir                                                                  Nicolas Gogol

1937            Cycle Lenau - 6 poèmes                                         Nicolas Lenau

1937            Don Quichotte ( 6 pièces )                                      W.Shakespeare

 

à la même époque, il crée ou harmonise des chants révolutionnaires[13], avec la Chorale Juive de Paris, ou avec une chorale de chômeurs. C’est aussi à cette époque que sur les conseils de Darius Milhaud il suit durant trois mois les cours d’harmonie à la Schola Cantorum[14] - comme Satie. Il publie en dépôt chez Corti un recueil de textes et de poèmes qu’il a illustrés de quelques dessins : Prose d’Algérie. Il est un familier de personnalités comme André Breton, Jacques Prévert, Brancusi, Markévitch, et d’autres. Il adhère à l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires ( AEAR ), il fait partie du Groupe Octobre fondé par Prévert, et c’est en qualité de délégué de la section musique de ce groupe qu’en 1933 il fait un voyage en URSS à l’occasion des Olympiades de la IVème Internationale. En 1935, il est délégué au Congrès Fédéral de la SFIO. En 1935-36, il correspond avec Trotski, qu’il hébergera un temps lors de son passage en France sur sa route d’exil. Il s’occupe aussi de théâtre. Pour sa subsistance, il place des espaces publicitaires, et un peu plus tard il fait du courtage de livres de luxe aux Éditions Littéraires de France. Il est élu au Conseil Municipal de Champigny, mais il démissionne en juin 1937. En 1938, il cesse toute activité politique[15].

Deux enfants sont nés en 1934 et 1937, Frédéric et Renaud. La famille habite à Champigny, 34 bis rue des Sapins, - rue qui deviendra bientôt, par un joli hasard, la rue Henri Barbusse -, puis dans la maison de sa mère[16]. C’est à partit de cette époque qu’il réalise quelques-unes de ses très belles mélodies sur des poèmes de Goethe, Heine, Apollinaire, qui sont chantées par Jane Bathori, Suzanne Dispan de Florent, Maud Laury, puis Magda Fonay, Anne Laloë, Jean Planel au cours de plusieurs concerts.

Mais la guerre éclate, Robert est mobilisé[17] pendant que la famille est en vacances à Nice[18] : c’est là qu’une fois démobilisé il va se réfugier. Durant ces quatre ans, Robert et Simone redoutent l’un comme l’autre d’être rejoints par leur passé d’activistes, et ils trouveront en avril 1944 une retraite plus sûre dans les Hautes Alpes qu’ils ne quitteront qu’à l’automne 1945([19]).

À Nice, Robert écrit beaucoup de musique, principalement sur des poèmes d’auteurs allemands ( Goethe, Schiller, Uhland )[20], et sur des poèmes qu’il écrit lui-même durant sa mobilisation. Il écrit aussi pour une chorale des Compagnons de France[21], et ces très belles chansons de jeunes sont alors éditées avec d’autres chez l’éditeur niçois Delrieu. Il prend contact avec André Gide à qui il propose de mettre en musique Les Nourritures Terrestres, mais les droits ont déjà été accordés ailleurs, et il en sera de même plus tard avec Le Roi Candaule. Plusieurs concerts ont lieu chez des amis qu’il a retrouvés : Tosca Marmor, Victoria Givre-Rogan. Et à Paris, Olga Luchaire ( qui prend le nom d'Anne Laloë ) continue de chanter les mélodies de Caby en concert chez ses amis Germaine et Léopold Survage.

Retour à Paris, Caby fait éditer chez Deiss et chez Enoch les mélodies sur des poèmes d’Apollinaire et de Prévert qui lui ont valu quelques succès. Il fait de la critique musicale, littéraire et cinématographique pour les Dépêches Parisiennes [22]. Il met en musique plusieurs cycles de poèmes de ses amis Éluard et Prévert, et dans une exubérance étonnante, chaque semaine apporte sa ou ses nouveautés à sa femme, à ses enfants et à ses amis. Les concerts où l’on entend ses œuvres se succèdent, et Pierre d’Arquennes l’accueille plusieurs fois à l’Action Musicale Française ou au Tryptique.

Malgré ces réussites, plusieurs malchances se succèdent à cette époque : la chanteuse Kiki de Montparnasse enregistre deux mélodies de Caby chez Polydor, mais le disque ne sera pas mis en vente à cause de l’invasion allemande. Marianne Oswald[23] adopte plusieurs mélodies et veut les lancer, mais il est trop tard, elle n’a plus de voix et elle est incapable de les chanter. L’éditeur Deiss, qui lui avait fait un contrat d’édition, meurt en déportation. Enfin, en 1946, Caby réalise la partition musicale d’un court métrage : La Cité Engloutie, qui fait vivre la résurrection des temples d’Angkor-Vaat. Malheureusement, le film principal ne trouve pas d’acheteur ! Il a commencé en 1947 un opéra sur un texte de Goethe : Jerry et Baetly, dont il reste la partition de piano, mais il l’abandonne, ses préoccupations ont changé.

En 1950, naissance du Groupe Mélos, qui réunit Robert Caby, Marcel Despard, Anne Terrier-Lafaille sur un manifeste bâti autour d’idées résumées par les slogans : « Assez d’esthétique intellectualiste, assez de pédantisme scolaire, à bas la musique moderne, à bas la musique pour la technique, vive la musique pour les hommes », et de l’exergue de Satie : « Notre musique est garantie jouable ». Un concert est donné pour faire vivre ces idées en s’appuyant sur les musiciens que le groupe considère comme ses aînés : Chabrier, Satie, Koechlin, Poulenc, Sauguet - ces deux derniers prêtant leur concours personnel au concert. Ce groupe n’aura pas de prolongement.

De 1950 à 1965, plusieurs émissions font connaître la musique de Caby, notamment à l’occasion des « Expositions de mélodies », émissions de Jane Bathori. En 1955, Robert Caby remporte le concours international organisé par Radio-Genève en vue de la création d’un « Opéra de chambre » : ce sera Rose et Ludovic, sur un livret de Marcelle Meyer-Bertin. Créé sous la direction de Pierre-Michel Leconte, il sera diffusé plusieurs fois. En 1957, une longue émission de Georges Charbonnier et Alain Trutat consacrée à Alfred Jarry fait connaître l’opéra-minute de Caby : L’Objet Aimé, ainsi que plusieurs de ses mélodies sur des poèmes de Jarry. Cet opéra-minute sera redonné à la radio. Caby écrira plus tard un opéra complet : Au Paradis - Le Vieux de la Montagne ( 1962 ) toujours sur un texte de Jarry. En 1959, Jacques Douai chante dans son récital et enregistre la très belle mélodie Belle-Belle sur un poème de Charles Cros. En suivant les comptes de la SACEM, elle est encore écoutée aujourd’hui. En 1965, il réalise pour l’ORTF l’illustration musicale d’un opéra bouffe : Le Procès Pictompin, sur un texte burlesque d’Eugène Chavette. Enfin il participe à plusieurs émissions où il donne libre cours à sa vision très négative de ce qu’il est convenu d’appeler la musique moderne.

À cette époque, il était en relations fréquentes avec de nombreux artistes : les musiciens, Charles Koechlin, Francis Poulenc, Henri Sauguet, mais aussi les peintres Gabriel Fournier, Jacques Dupont, Clovis Trouille, Englebert, Duilho Barnabé, et aussi les poètes Benjamin Péret, René Char, Paul Éluard, René Ménard, ainsi qu’avec de nombreux interprètes comme Manuel Rosenthal, Igor Markévitch, Doda Conrad, Jacques Dutey. Les disparitions successives de ses amis l’affecteront beaucoup.

Depuis 1950 environ, son activité de courtier s’applique non plus aux livres, mais à la peinture. Elle l’entraîne à animer avec Jacques Mathey une Société d’Étude pour la Connaissance d’Édouard Manet, qui fonctionne et rayonne plusieurs années avant d’être condamnée pour injures et calomnies envers les experts, et qui disparaît après avoir échoué dans son objectif : faire reconnaître l’authenticité d’une partie de l’œuvre de Manet. Caby a perdu dans cette affaire son temps et son argent, et aussi son enthousiasme.

Après 1965, la diffusion de l’œuvre de Caby se fait rare, pour beaucoup de raisons. Tout d’abord, lui-même donne la prééminence à ses œuvres du moment, et il est si fécond qu’il lui est difficile de se constituer un auditoire fidèle - c’est mon avis.

Ensuite, à partir de 1964, il mène sur le Fonds Erik Satie de la Bibliothèque Nationale des travaux de recherche qui conduisent à la restauration de pièces inédites de Satie. Il réalise également l’orchestration de plusieurs œuvres de Satie, travaux qui seront accueillis avec des fortunes diverses. L’autorité incontestable qu’on lui reconnaît l’amènera à exercer un contrôle sourcilleux sur les ouvrages, les commentaires et les utilisations diverses dont Satie est depuis devenu l’enjeu. Tous ces soins qui l’auront mobilisé si longtemps seront couronnés par la révélation de très belles pièces, par des disques, des concerts et des manifestations diverses qui rénoveront dans le public la connaissance de Satie, et par l’enrichissement considérable du catalogue de l’éditeur Salabert. Mais tous ces soins accordés à l’œuvre de Satie seront menés par Caby au détriment de la promotion son œuvre personnelle. De plus, il a toujours pensé qu’une brouille avec Auric vers 1964 l’avait privé de toute commande importante. Là-dessus, il perd sa femme en 1967, ce qui le déstabilise durant une longue période, puisqu’il ne se fixe à Paris qu’en 1972, au 39 rue Rodier. Enfin, ses prises de position intolérantes lui ont fermé peu à peu les médias, qui ne s’entrouvriront très tard qu’en raison de son âge et de sa connaissance de Satie.

Il vieillit, mais il continue d’écrire, des œuvres souvent sombres : cinq sonates pour piano, plusieurs suites, un grand nombre de pièces où il chante sa solitude et sa tristesse ; des suites de mélodies sur des textes variés : Charles Cros, Joë Bousquet, Kafka, Desbordes-Valmore, Panaït Istrati, Balzac. Il n’intéresse pas les éditeurs ; le Triptyque et l’UFPC[24] lui ouvrent leur salle, mais ses choix sont discutables, et il n’a plus l’énergie nécessaire pour promouvoir son œuvre, qui à sa mort est devenue très importante : plus de mille titres. À côté de son œuvre musicale, on trouve des poèmes, des proses, des dessins, comme les illustrations de sa suite pour piano : Les Incroyables Sophistiquées ( 1982 ). Le jour de sa mort, à l’hôpital, s’efforçant de survivre, il composait encore.

Avant d’être physiquement affaibli par l’âge, il était bon marcheur, bon cycliste, faisait pendant les vacances du kayak ou de longues marches en montagne, il n’hésitait pas à sillonner la France durant des semaines pour placer ses marchandises en liant nombre d’amitiés avec ses clients, comme le Colonel Sicklès, Pierre Lévy ou d’autres. Il dormait peu, il se levait au milieu de la nuit pour, de son écriture musicale sûre et élégante, mettre au net ce qu’il avait composé dans la soirée sur des notes griffonnées dans l’autobus, ou pour explorer un nouveau recueil de poésie et préparer une nouvelle mélodie, ou encore pour faire des orchestrations dans le silence nocturne qu’il troublait en sourdine par quelques accords d’essais. Quand sa musique était au net, il s’accordait une heure de détente, et avec une incroyable sûreté de main et une expressivité saisissantes, ses dessins, toujours dans la veine surréaliste, faisaient naître sous nos yeux tout un monde peuplé d’êtres étranges. Le dimanche, il faisait de la musique avec sa femme, des divertissements de Schubert ou des réductions des symphonies de Beethoven à quatre mains, ou les quatre mains de Satie, ou des sonates pour piano et violon, ou encore il découvrait avec elle les mélodies de Moussorgsky ou la Khovantchina. En vacances avec les siens, il a créé sur des poèmes de Nerval de charmants petits chœurs que nous chantions pour nos hôtes, et qui restent les témoins de ce calme auquel il aspirait alors.

Les créateurs qu’il révérait particulièrement étaient Beethoven, Schubert, Berlioz, Chabrier, Moussorgsky, Wagner ( dans sa jeunesse, puis dans sa vieillesse ), Satie, Debussy, Strawinsky, Kurt Weill ; Scherchen, le quatuor Busch, plus tard le quatuor Via Nova, Yves Nat, S.Richter, Jean-Joël Barbier ; Balzac, Charles Cros, Germain Nouveau, Mallarmé, Jarry, Apollinaire, Kafka, Gide, Éluard, Prévert ; Goethe, von Kleist, Uhland ; Raphaël, Tintoret, Delacroix, Goya, Ingres, Manet, Brancusi, Picasso. Et Trotski. Messiaen était un cas limite : il ne le comprenait pas, il n’appréciait pas ses recherches de sonorité ni le renouvellement qu’il apportait, et son mysticisme lui était totalement étranger - alors qu’il admettait celui de Poulenc.

Il avait aussi quelques bêtes noires : toute un musique française des années 40-50 qu’il jugeait inconsistante ou inutilement ampoulée, les plagiats, particulièrement sur Satie, et surtout la musique sérielle et dodécaphoniste. Et Proust ! Et Staline, et la bureaucratie en général. Bien que très critique, sa curiosité était toujours en éveil, il écoutait bien plus volontiers à la radio les créations et les nouveautés plutôt que la « musique en boîte ».

De même que sa famille, il était profondément athée, jusqu’à son dernier jour, et jamais les sujets religieux n’apparaissaient dans sa conversation. Aux obsèques de sa femme, il nous dit en public : « Sa vie éternelle, c’est la mémoire d’elle qui restera en nous. » Plutôt manichéen, il avait une foi confiante dans le pouvoir humain de comprendre et d’organiser. Il aimait le cirque, le zoo, les déguisements, les enfants, les bouffonneries, les films de Charlie Chaplin, des premiers aux derniers, ceux de Buñuel, les chansons de Damia et d’Yvonne George, les arts naïfs ; il aimait faire avec talent la lecture à voix haute, poésie ou théâtre, il aimait commenter les livres rares et les tableaux de maîtres qu’il nous laissait admirer avant de les vendre. Il était très attentif aux développements de la science, le renouvellement continu de ses concepts et de ses objets qui avait lieu devant lui l’émerveillait. Il aimait les bocks au bistrot, le billard avec sa famille, les bons repas, les fêtes. Facilement liant avec ceux qu’il estimait, il était parfois gaffeur, et ses jugements négatifs sur les gens étaient définitifs. Il n’hésitait jamais à prendre la parole pour défendre ses idées, ou même pour attaquer. Mais trop sûr de lui, il refusait souvent d’accepter ses erreurs. En public, son élocution était claire, le plus souvent sans notes. Son style écrit est précis, mais parfois lourd. Même dans son grand âge et jusqu’à sa mort, il paraissait intellectuellement infatigable.

Bien que sa mère fût violoniste et que son père eût un remarquable talent de dessinateur, le Robert créateur et amateur d’art était isolé dans sa famille d’origine comme dans sa belle-famille, il était considéré comme un rêveur inapte aux affaires - ce qui était assez vrai -, mais il n’en tirait pas ombrage, il avait aménagé son monde intérieur comme son monde de relations, et il était à l’unisson avec sa femme qui était musicienne, dessinatrice, qui écrivait un peu, mais qui croyait à son rôle de créateur au point d’avoir abandonné le sien pour se consacrer à lui. Ses amis intimes, connus dans sa jeunesse, furent Yves Dautun[25], Max Fontaine, Pierre de Massot, Madeleine Milhaud, Germaine Survage, Gérard Magistry, Henri Sauguet, qui tous eurent une période d’intimité avec Satie. Il fut également très intime avec Henri Weitzmann[26]. Plus tard, il noua des relations très amicales avec Jean-Pierre Amiet, Thierry Bodin, Robert Orledge[27], Guy Prévan[28], Jean Roy, qui ont parfois noté les entretiens qu’ils ont eus avec lui. Mais ses confidences les plus intimes sont restées sur le papier, et surtout dans sa musique.

Le catalogue des œuvres de Robert Caby contient près de 900 pièces réparties en une centaine d’ensembles. Parmi elles, les mélodies sont numériquement majoritaires : on dénombre plus de 100 Apollinaire, 40 Éluard, 25 Prévert, 32 Ronsard, 32 Robert Caby, mais aussi 62 Goethe, 26 Heine, 20 Omar Khayyam, et un certain nombre de Uhland, Garcia-Lorca, Koutchak, Blake et d’autres ; mais aussi plus de 100 pièces pour piano. En plus de ses œuvres lyriques, il a orchestré un certain nombre de ses pièces vocales.

 

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[1] - L’école existe toujours, elle porte aujourd’hui le nom de « Groupe Scolaire Marguerite Forterr »

[2] - Avec un professeur obscur dont il n’a pas retenu le nom. Caby était loin d’être virtuose, mais il déchiffrait facilement, et sa technique était suffisante dans sa jeunesse pour qu’il puisse faire du jazz en groupe, pour être « tapeur » pendant les films muets, et pour accompagner ses mélodies en public.

[3] - Il ne les fréquentera pas. Plus tard il rencontrera Nizan, qu’il estimait, alors qu’il a toujours dédaigné Sartre, sa philosophie et son théâtre.

[4] - Caby lui a été présenté par les Milhaud, auprès desquels il avait été introduit par l’un de ses amis, Max Fontaine, compositeur peu connu qui fréquenta Satie, ou encore Joël Le Tac, qui devint consul en Afghanistan.

[5] - Il semble que cette chambre a été concédée à Robert par madame Jeanne Herscher-Clément, présidente de la section française de « Pro Musica », association qui avait son siège à New-York et dont on relève parmi les membres : Bartok, Berg, … jusqu’à Webern. Cette association prêta son concours à Caby pour le fonctionnement des Concerts de la Semaille. Yves Dautun, ami de Robert, partagea un temps cette chambre au moment de son divorce.

[6] - à Blida, comme tirailleur, après avoir été sanctionné pour son refus de suivre l’école des officiers.

[7] - Ces dessins ont fait après sa mort l’objet de plusieurs expositions à la Galerie Coligny à Paris.

[8] - Critiques musicales et artistiques, presque hebdomadaires entre 1928 et 1930.

[9] - Robert Caby a eu deux sobriquets : Bounine, et dans l’action politique, Biline (du nom du produit détergent de l’époque Kabyline).

[10] - Catalogue établi en  1997 par Frédéric Caby, qui a assuré la publication de la totalité de son œuvre en édition manuscrite  (Cahiers de l’AARC, déposés à la B.N.)

[11] - Beau poème, introuvable dans l’édition complète ( Pour nourrir ceux que nous aimons / Nous les pêcheurs des mers heureuses… ), dont Robert a caviardé plus tard  le texte au point que la fin en est indéchiffrable.

[12] - Suzanne, la sœur de Robert Caby dont Bounine est le premier pseudonyme.

[13] - Comme l’Appel du Komintern de Hans Eisler, le Chant des FTOF, La Nouvelle Garde, la Marche funèbre sur un texte de Parijanine, le Chant des chômeurs.

[14] Je ne sais pas avec quel maître, mais je pense que c’est avec Koechlin, avec qui il a gardé des relations amicales jusqu’à la fin de sa vie.

[15] - Pour Caby, la révolution internationale, qui était la seule souhaitable à ses yeux, était devenue impossible à cause de Staline, dont l’ignominie culmina à ses yeux avec le pacte germano-soviétique. L’évolution du Front Populaire lui avait appris que rien n’était à attendre des partis bourgeois : la lutte était donc devenue pour lui inutile, il fallait attendre un nouveau créneau de l’histoire.

[16] - à Champigny-sur-Marne, 67 boulevard du Centre, qui deviendra plus tard boulevard Aristide Briand.

[17] - En garnison à Paris, gare de Lyon. Son régiment est ensuite présent sur les bords de la Loire, puis démantelé par les bombardements. C’est la débâcle, il franchit la Loire avec quelques rescapés, et c'est à vélo qu'il rejoint sa famille à Cognac, où elle était partie de refugier dans un moment  d’affolement.

[18] - Chez Colette, sœur de Simone, qui résidait à Nice, mariée au docteur Bellier qui exerçait à bord de bâtiments de la Compagnie Maritime. Colette vivait avec sa mère, et la grande villa accueillait souvent sa famille en été. La famille Caby s’établira ensuite à un kilomètre, sur le coteau de Fabron, jusqu’en avril 1944.

[19] - Dans une ferme isolée à La Bâtie Neuve, près de Gap, puis, à la Libération, sur les hauteurs de Gap, villa Fay sur la route de Veynes. Il y avait un piano de location, de même qu’à Nice. Robert parcourait la France, c’était égal qu’il le fasse à partir d’une base campagnarde ou parisienne, et les conditions spartiates n’ont jamais gêné le couple. Ils accordaient beaucoup d’importance à la qualité et à la continuité des études primaires que leurs fils suivaient en 1945 sous la grande compétence de M. et Mme Dusserre à l’école des Sagnières. D’autre part, la perspective de se retrouver face à sa belle-mère ne souriait guère à Simone qui appréciait le climat des Hautes Alpes pour la santé de ses enfants. Ces raisons sont-elles suffisantes pour que la famille soit restée un an à Gap ? J’en suis réduit à ces conjectures.

[20] - J’ai abordé cette question avec mon père : il s’agissait pour lui autant de poursuivre l’exploration et l’illustration de ces textes qui l’enthousiasmaient, que de montrer qu’il ne confondait pas la barbarie fasciste avec la haute culture allemande. Je pense que de plus il avait été profondément influencé par Ivan Goll, qu’il avait interviewé et côtoyé dans les années vingt. programmées dans plusieurs concerts donnés à Nice chez des amis peu suspects de servilité envers l’occupant, ces mélodies voisinaient avec des poèmes d’Apollinaire, Rimbaud, W.Blake.

[21] - Organe des jeunesses pétainistes. C’était pour les époux l’occasion de faire de la musique, et de lier amitié avec des jeunes qui, comme eux, avaient le plus parfait mépris pour l’environnement politique.

[22] - Organe centralisant des informations journalistique, auquel la presse venait puiser.

[23] - En mai 1947, au cours de l’émission ‘‘Les poètes et leurs musiciens’’ consacrée à Apollinaire, Marianne Oswald interpréta La Boucle retrouvée et Mutation de Caby, mélodies qu’elle avait enregistrées pour la radio quelque temps auparavant. Dans cette même émission, Anne Laloë interpréta également Exercice, Cors de Chasse, Je souhaite dans ma maison et Les Colchiques, accompagnée par Caby et par Odette Pigault.

[24] - Union des Femmes Professeurs et Compositeurs de Musique.

[25] - Compositeur, élève de Koechlin. Il travaillait au Petit Parisien. Sa correspondance conservée par Robert s’arrête en 1927.

[26] - Dramaturge, père du journaliste Jacques Derogy.

[27] - Musicologue anglais

[28] - Poète et pamphlétaire français

 

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REGARD  AMICAL D’IGOR  MARKEVITCH

 

 

Dans son livre « Être et avoir été » (Gallimard, 1980), Igor MARKEVITCH écrit p.433, à propos des cycles de leçons intitulés « Où va la musique ? » qu’il donna, en compagnie de Nikita Magaloff, à La Chaud de fonds, puis à Lausanne :

 

[…] Je trouvais néanmoins un rare plaisir à entretenir ma correspondance avec les amis connus et inconnus que m’apportaient mes œuvres et mes conférences. Je voyais un encouragement majeur dans le fait que, plus que jamais, la nécessité de lutter pour le progrès de l’homme nous rapprochait les uns des autres.

Parmi les lettres reçues, bien des choses devraient être citées, comme celle de Robert Caby, un excellent musicien, ami de Satie, qui fut quelques années critique à L’Humanité. Il m’écrit cet hiver-là :

« Les préoccupations que vous avez montrées comme vôtres en ce qui concerne la naissance d’un nouvel "humanisme" et le sens de vos lectures ont une grande importance, aujourd’hui où tant "d’artistes" se laissent glisser sur la pente de la forme, de la "note",  du commerce,  et où tant de chapeaux tombent si bas devant le clinquant, tandis que les pires tragédies s’amoncellent sur le sort de l’humanité en général. »

Nous continuâmes à correspondre et les lettres de Caby montrent qu’il pressentait beaucoup mieux que moi vers quoi nous étions emportés. Je m’accrochais encore à l’illusion des échanges pacifiques. Nikita et Irène, qui venaient de se marier, passèrent chez nous le printemps 1939. […]

 

 

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 « ROBERT CABY, MUSICIEN - POÈTE »

par Thierry BODIN

 

Le nom de Robert Caby ne figure pas dans les dictionnaires ou les histoires de la musique, sinon parfois comme éditeur d’œuvres posthumes d’Érik Satie. Et certes la rencontre de Satie éclairera toute la vie et l’œuvre de Caby. Mais Caby n’a rien d’un suiveur; sa musique existe par elle-même et n’appartient qu’à lui.

Robert Caby est né le 25 mars 1905 près de Compiègne dans l’Oise. Passionné de poésie, de peinture, de musique, il adore Wagner dont il ne cesse de chanter et de jouer au piano les opéras. En 1923, il prépare l’École normale supérieure aux côtés de Sartre. C’est alors qu’il rencontre Érik Satie dont il deviendra le jeune ami après la création de Mercure en juin 1924, et qu’il visitera quotidiennement pendant sa maladie à l’Hôpital Saint-Joseph. Dès lors, Caby avait fait d’Érik Satie son Saint comme artiste et philosophe. Il ne cessera de proclamer la grandeur et l’importance considérable de ce génie que l’on prit trop longtemps ‑ que l’on prend encore parfois, hélas ! ‑ pour un "amuseur" (qu’on lise, par exemple, l’article de Caby, « Érik Satie à sa vraie place » dans La Revue musicale, juin 1952).

Après un service militaire en Algérie (1926), Caby peint, dessine et se livre à la poésie, dans la mouvance surréaliste. Le recueil qu’il publie au début de 1930, en dépôt à la librairie Corti, Prose d’Algérie suivie de La Nuit et de quelques poèmes, est illustré de « quatre dessins de l’auteur », et les dédicataires des poèmes marquent clairement un engagement littéraire et politique : outre Darius Milhaud et Satie, citons Aragon, Éluard, Breton, Péret, Paul Vaillant-Couturier, et le dernier texte s’adresse « Aux révolutionnaires de ce temps et de ce pays ». Dans la liste d’ouvrages à paraître ‑ et non parus ‑, figurent six volumes de poèmes, deux volumes de théâtre, des romans, des chroniques musicales, etc.

Caby est alors critique musical à L’Humanité. Il compose ses premières mélodies, que Jane Bathori chante, au cours d’un concert, pour la première fois en 1928. Elle en chantera beaucoup d’autres, suivie plus tard par quelques-uns des meilleurs interprètes de mélodies françaises : Marya Freund, Pierre Bernac, Camille Mauranne, Jean-Christophe Benoit, Jacques Herbillon...

En 1930, à l’instigation de Darius Milhaud, Caby va passer trois mois à la Schola Cantorum (à l’exemple de Satie) en classe d’harmonie ; il assimilera les traités d’orchestration de Berlioz et de Charles Koechlin. Mais il restera « un musicien­amateur » (comme il l’écrit en 1948 sur la dédicace d’une mélodie à Valentine Hugo) au meilleur sens du mot, dont la seule réelle formation fut la méditation des leçons et de la musique du Maître d’Arcueil et l’écoute des propres sentiments d’un esprit et d’une sensibilité naturellement voués à l’expression poétique et musicale. Il faut l’avoir entendu chanter en s’accompagnant au piano ses mélodies, pour ressentir pleinement cette incarnation musicale de la poésie.

En cette époque de bouillonnement culturel des années 30, Caby fait jouer la musique de Satie et de ses contemporains (Milhaud, Schoenberg ... ) à Arcueil, à Belleville... Avec Prévert, qui fonde alors le groupe Octobre, il écrit un ballet (qu’il juge « inconsistant »), de la musique de film (« fort naïve et simpliste »); il compose de vigoureux chants anti‑nazis. Un séjour en U.R.S.S. (mai 1933) l’amènera à prendre ses distances avec le Parti communiste, et à se rapprocher des idées de Trotski qu’il fréquente lors de son séjour en France.

De mars à novembre 1939, Caby écrit quatre mélodies sur des Calligrammes d’Apollinaire (c’est son opus 71), qui seront éditées en 1945 aux éditions R. Deiss ; la couverture s’orne du portrait d’Apollinaire à la tête bandée par Picasso. En 1947, paraîtront chez Enoch quelques autres poèmes d’Apollinaire, et Le Fusillé sur un texte de Prévert. Ce seront à peu près les seules œuvres éditées de Caby qui aura désormais recours aux procédés de reproduction des manuscrits. Dans cette mine inconnue, que d’œuvres puissantes et belles !

L’avenir reconnaîtra, j’en suis persuadé, en Robert Caby un des grands créateurs de la mélodie française, genre si difficile où il ne suffit pas de déposer de la musique sur des vers, mais où la musique même doit traduire le poème en allant au-delà des mots. Pour cela, il faut ce “ sens de la poésie ” qu’Éluard avait reconnu en Caby.

Proches de la chanson, les poèmes d’Apollinaire avaient rencontré après la guerre un grand succès. Une ligne mélodique très simple soutenue par des accords qui sonnent comme une pulsation régulière traduit la marche des quatre bombardiers vers la mort (“Exercice”). Une valse musette “ tendre et grave ” et légère à la fois accompagne “La Boucle retrouvée”. D’âpres accords qui s’accélèrent et s’intensifient jusqu’à l’exaspération violente traduisent les cris de la “Mutation” (“Eh! Oh! Ha!”). Il faut dire encore la chevauchée folle et héroïque de “Guy au galop” (“Les Saisons”), la chanson de marche des “Portes d’Orkenise” (que nous n’hésitons pas à juger plus réussie que la version de Poulenc)... L’expressivité de la déclamation va de pair avec une pulsation rythmique qui la renforce et l’accomplit. Et dans le cycle “A la Santé” (1939), comme le soulignait Vladimir Jankélévitch, « la simplicité populaire de la ligne vocale est souvent démentie par une harmonisation ascétique et sans complaisance ».

Ce ne sont là que quelques-uns des poèmes d’Apollinaire du catalogue de Caby. Parmi les centaines de poèmes qu’il a mis en musique, le champ est vaste depuis les Grecs de l’Antiquité et les poètes orientaux de l’ancienne Perse jusqu’à notre actualité la plus contemporaine, “Chanson de Nafissa” d’une gamine afghane sur la guerre d’Afghanistan. Nous ne pouvons citer ici que quelques-uns des poètes qui l’ont plus particulièrement inspiré : Charles d’Orléans, Pétrarque, Jean de Sponde ; Shakespeare, William Blake ; Uhland, Xavier Forneret, Baudelaire, Rimbaud, Jules Laforgue, Germain Nouveau (Le Calepin du mendiant, 1960), Charles Cros (dont l’étonnant “Nocturne”, la belle “Ronde flamande”, “L’Archet” avec une partie de violon, et “L’Orgue”, la toute dernière oeuvre de Caby écrite en décembre 1989) ; Federico Garcia Lorca (admirables mélodies sur des textes qui ont aussi sollicité Poulenc) ; Max Jacob, Léon‑Paul Fargue, Joë Bousquet, Jacques Prévert, Jean Follain, René Char… Plusieurs de ces œuvres ont été orchestrées, comme l’a été la cantate Balzac amoureux (1977) écrite sur des lettres de Balzac à Mme Hanska, créée par Jacques Herbillon au Festival Balzac à Vendôme en novembre 1980.

L’œuvre de Robert Caby compte quelques œuvres lyriques. Regrettons que l’opéra-comique Jerry et Baetly sur un livret de Goethe, commandé en 1946 par l’Opéra-comique, n’ait pas été représenté. L’extravagant opéra-bouffe L’Objet aimé, sur le texte d’Alfred Jarry, a été commandé par la Radiodiffusion française en 1951, et plusieurs fois diffusé. L’opéra Le Vieux de la montagne (1962) 3 été aussi composé sur un texte d’Alfred Jarry. Cette œuvre, fascinante tout autant par le texte que par la musique, n’a jamais été représentée. Ajoutons-y l’envoûtante musique d’orchestre d’un film sur les temples d’Angkor, La Cité engloutie (1946) ; la désopilante musique de scène et les chansons pour Le Procès Pictompin (1965), adaptation radiophonique d’un roman d’Eugène Chavette.

Ces vingt dernières années, parallèlement aux mélodies, l’œuvre de Robert Caby s’est enrichie de beaucoup de musique pure, notamment de cycles de pièces pour piano dont plusieurs ont été ensuite orchestrées : outre cinq grandes Sonates pour piano (il faudrait ici citer la remarquable analyse qu’Igor Markevitch avait faite de la cinquième), citons les Incroyables sophistiquées (illustrant des dessins surréalistes de Caby, dans une veine toute satiste), les Cinquante petites liturgies intimes, les deux Cahiers de secrets, ainsi que le Cahier de pleurs rentrés donné à Vienne l’an dernier.

J’ai parlé plus haut des œuvres posthumes de Satie. Il convient d’y revenir ici. Après une étude attentive des carnets du Maître d’Arcueil et un grand labeur de transcription et de révision, Caby a en effet révélé, en 1967 et 1968, une quantité d’œuvres inédites de Satie, dont les sublimes chefs-d’œuvre que sont les quatrième et cinquième Gnossiennes ou les Nouvelles pièces froides. Robert Caby a également réalisé l’orchestration de nombreuses pièces de Satie, sachant éviter les pièges de la séduction flatteuse (auxquels Debussy n’avait pas toujours échappé en orchestrant deux Gymnopédies), et trouvant la juste expression orchestrale de ces musiques, malheureusement négligées par les chefs d’orchestre et les maisons de disques. Enfin, en 1979, Robert Caby a publié chez Salabert un Quatuor à cordes « intime et secret », assemblant diverses pages de Satie extraites de ses carnets et transcrites pour quatre cordes. Ce Quatuor, a écrit Caby, « est un acte de dévotion que je n’ai pu accomplir que grâce à cette communion profonde ressentie dès ma jeunesse avec l’esprit de Satie ». L’œuvre fut créée en 1988 à la Salle Cortot.

Robert Caby a été le plus ardent défenseur d’Érik Satie, luttant contre les cuistres, les pions, les faux amis et les accapareurs pour sauvegarder intactes et authentiques la mémoire et l’œuvre du Maître d’Arcueil. Sans relâche, il a proclamé son génie, le plaçant toujours au premier rang des créateurs de notre siècle. Relevant les critiques, les sarcasmes, les réserves, les trahisons qui profanaient Satie (nombre de journalistes et critiques musicaux ont reçu de virulentes mises au point), Caby n’a pas non plus ménagé sa plume pour dénoncer les formes desséchantes et totalitaires d’une certaine musique contemporaine, notamment dans l’éphémère revue qu’il avait créée, « Mélos » (1951), et dans un grand article publié par les Cahiers d’art de Zervos en 1947. On ne le lui a jamais pardonné.

Il était juste aujourd’hui, et pour prendre date, en évoquant ici les très belles mélodies inspirées par Apollinaire, de tirer de l’oubli et du silence l’œuvre de Robert Caby, et de donner une idée de son abondante variété. La personnalité originale de ce créateur a su allier un sens profond de la déclamation lyrique, qui n’exclut pas la pudeur de l’expression, à une puissante maîtrise de la pulsation rythmique. Il est temps de connaître, d’entendre, d’écouter la riche musicalité de ce musicien-poète.

Article publié dans la revue “ QUE VLO VE ? ”, janvier – mars 1990, deuxième série, n°33

 

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ROBERT  CABY par Jean ROY

in La Lettre du Musicien, n° 125, p.25 (novembre 1992)

 

Robert CABY est décédé dans sa quatre-vingt-huitième année, le 3 octobre 1992. Né le 25 mars 1905, Robert Caby était l’auteur d’un grand nombre de mélodies, principalement sur des poèmes de Guillaume Apollinaire. Plusieurs de ses mélodies ont été interprétées par Marya Freund, Jane Bathori, Irène Joachim, Pierre Bernac, Camille Mauranne, Jean-Christophe Benoit. Il avait composé des ouvrages lyriques parmi lesquels Rose et Ludovic, opéra-comique pour enfants, et L’Objet Aimé, opéra bouffe sur un livret d’Alfred Jarry, d’après Töpffer. Ces deux ouvrages ont été créés à la Radio par Pierre-Michel Lecomte et André Girard.

Jusqu’à ses derniers jours, il n’avait cessé de composer. Son oeuvre vocale recouvre un immense domaine poétique où se rencontrent Ronsard et Baudelaire, Charles Cros et Germain Nouveau, Robert Desnos et Jacques Prévert, Henri Heine et Joseph von Eichendorf. Lieder, mélodies ou chansons, les pages que lui inspirèrent les poètes se signalent par leur naturel mélodique, la franchise de leurs rythmes et de leurs harmonies: art populaire souvent, mais au meilleur sens du terme, nourri d’une imagination très vive et soutenu par une ardente sincérité. Ami d’Erik Satie, Robert Caby n’a cessé de défendre la mémoire de l’auteur  de  Socrate dont il a publié les inédits parmi lesquels les 4e, 5e et 6e Gnossiennes qu’auprès de son piano je fus, à mon grand émerveillement, un des premiers à entendre. C’était, je crois m’en souvenir, en 1967.

Robert Caby était trop rarement joué, et la plupart de ses partitions sont restées inédites. Pour réparer cette injustice, une Association des Amis de Robert Caby s’est créée en 1991, se donnant pour premier objectif de publier en édition manuscrite les œuvres du musicien.

 

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REGARD  AMICAL  DE  ROBERT  ORLEDGE

 

Robert Orledge, professeur et musicologue anglais, a maintenu des relations amicales et épistolaires avec Robert Caby durant les dix dernières années de sa vie. À l’occasion de la sortie du disque d’Olof Höjer, il s’exprime au sujet de la musique de son ami :

 

I only knew Robert Caby at the very end of his life (after 1988), but when I visited him in Paris in the rue Rodier he would invariably perform his latest piano pieces (or songs) to me as best he could, right to the end. What amazed me was how passionate his performances always were and how passionately and vividly the works were conceived. There were never any half measures with Robert and his music was as forthright as his speech. He could no longer play his music in tempo, unfortunately, and would sometimes repeat passages he particularly liked as he went along. But his range of dynamics was always extremely wide and he would still sing his own songs with fervour. I would follow the music over his shoulder (at the piano) and imagine how the pieces would sound if his ageing hands would have permitted him to play them as they were written. He never asked me to play them, or to sight read them: performance was something he felt he had to do himself. We never discussed his surrealistic drawings, so I cannot tell you if there was any link between them and any particular piano pieces.

As well as a strong dramatic element in Caby's music, there was also a strong feeling for texture, rhythm and the unexpected. He remained I think, very much a melodic composer - that is, much of his music (and certainly his songs) began as a complete melody line, before any harmony was added (as it did with Berlioz, or with Caby's friend Charles Koechlin). And despite the dissonance of some of his music, there was always a strong tonal element behind his harmonies. Counterpoint was of lesser interest to him, I think. If there was one prevailing influence on his music, it was the example, or rather the spirit of Erik Satie.

 

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This is only the beginning of Olof Höjer's article.

Robert Caby - surrealistic piano poet

Hardly anyone who have interest in the life and works of Erik Satie, especially his last years of the 1920's or the piano pieces which were posthumously published at the end of the 1960's, have not been able to come across the name Robert Caby. What most of them don't know about the young Frenchman, who was a true unselfish support and a true devoted friend with Satie during his last days of his life and who gradually became absorbed in and published chosen parts of his posthumous works, is that he himself was a both highly interesting, personal and productive composer of above all songs and piano music.

Even though Satie as a person and composer probably was one of Caby's greatest and most vital experiences, it would be thoroughly wrong to describe or - even worse - to dismiss him as a poor Satie imitator. Certainly you often find characteristics, which you without being strikingly analytic gifted, can derive back to "The Master of Arcueil". You can for example point to Caby's predilection for slow tempos, small formats, the lack of bars, simple "functional" piano movements without virtuoso ornaments, once in a while poetic texts among the notes and imaginative titles. Regarding the last-mentioned Caby often surpass even his old "master".

You can likewise as easy lift style characteristics which separate Caby from Satie. So may seem as Caby for example - even though he express himself in sparing, concentrated formats and with moderate tempos - prefer long, kaleidoscopical varying, suite similar collections. Most notable in this respect is without hesitation the late production "Cinquante petites liturgies intimes" from 1983/84, a collection of 50 small pieces with a playing time of 1-2 minutes (and a total playing time of 1 hour and 43 minutes), started with a prelude and sometimes furnished with peculiar mottos (for example "Pas de lot de consolation au fond du lac" - "…au-dessus d'une imploration" - "…Ame reveuse et nostalgique"). A general concept of this kind had in all probability been completely strange for Satie.

You also in Caby's piano production find 5 great sonatas. Of these has for example the second sonata from 1977/78 (with the subtitle "de l'enfance et de l'amour") a playing time of almost 45 minutes and rather acts as a suite or fantasy emphasized collection of 3 great parts (with innumerable underparts) than as a sonata of traditional sense.

And instead of the clarified, sometimes almost ascetic purity and simplicity and the often so to say outdistanced humour and irony in Satie's piano music you meet in Caby a swarming multiplicity, where humour and irony play a relatively subordinated part and where the individual movements often are insignificant in an outer meaning, but where the entirety becomes a kind of mosaic web of fantasia and expressiveness. Satie's fastidious piano music seems seldom tell anything about the inmost feelings of the author - Caby behaves as a horn of plenty, filled with psychograms. Or to express matters in another way: if you before Satie's piano pieces can associate to Puvis de Chavannes or Paul Klee, Caby's piano compositions can lead your thoughts to Hieronymus Bosch or Tintoretto (one of his favourites by the way).

In the above made art history comparison lacks an important and really obvious direction: the surrealism. Obvious in an outer meaning so far as that Caby's contacts with the surrealist circles around André Breton seem to have been both long-standing and intensive. Obvious also because he himself was an abundantly talented surrealistic poet and drawer - many of his drawings are reproduced in the facsimile editions of his works which are published by "AARC" (Association des Amis de Robert Caby). And in at least one case the composer lets these be in accord with the music, and that is in the suite "Incroyables Sophistiquées - Musiques Erotico-Dramatiques - Avec illustrations surrealistes" from 1982/83 - 12 "pictures" of the woman in tones, drawings and words.

Whether Caby's piano music can be characterized as "surrealistic" is in fact a question at issue which one by all means leave for future research - the problems concerning that type of agreements between different forms of art and different "-isms" is extremely difficult to manage, that shows for example the presumably not yet completed discussions of whether Debussy was impressionist or symbolist. But certainly one have difficult to see work titles as "Paysages intérieurs" ("inner landscapes"), "Musique apophtegmique" ("notable musical statements"), "L'Orchestre intérieur" ("the inner orchestra") or "Arcana 1-2" ("arcane"="secret" - cp. Breton!) as anything but expressions of a surrealistic tradition. And in the purely musical flow one too often come across peculiar associative gildings, abrupt interruptions, unexpected sound combinations and "illogical" harmonic proceedings not to associate the early surrealism's attempts to shape the subconscious mind, the free associations' flow of apparent disconnected images and conceptions. We can note that Caby during his whole life was a convinced opponent to atonalism - this way he could make use of the traditional tonality pattern as a kind of musical correspondence to the surrealistic painters' utilization of isolated motives from the reality, which was painted naturalistic but put together into a hallucinatory caricature. In a similar way Caby often keeps contact with one key, while his melodic lines and chord advances become characteristics of a free flowing associative flow - which in the end of the piece retire in the keynote or (more often) in the keynote, which has been established towards the end.

Caby's piano production includes (according to available documentation from AARC) more than a hundred pieces from the years 1929-1989. The selection made for this recording begins with a piece from 1930 and ends with two small pieces from 1989. It includes in all 34 separate pieces in chronological order. This way it brings a certain picture of Caby's development, a picture which however is not complete in any way. Instead the selection should be seen as at the most personal and as the result of a few years of knowledge and work with the overflowing rich material. A certain consideration has also been necessary regarding the size of the CD media, which has resulted in that for example such as the great sonatas and the most extensive suites and collections have not been documented. As a whole the selection has a focusing on Caby as a lyric delicate piano poet - which also can be seen as a result of the personal taste.

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ROBERT  CABY,  DESSINATEUR  SURRÉALISTE

Par Frédéric CABY

 

Si l’œuvre musicale de Robert CABY est aujourd’hui reconnue, il fallait l’enthousiasme de la Galerie COLIGNY pour présenter un autre versant créatif de cet artiste: son œuvre graphique.

Après des essais de jeunesse, après que de remarquables portraits et modelages où Robert CABY fixa l’image de SATIE, le début de cette œuvre se situe vers 1926: les premiers dessins achevés d’inspiration personnelle, qui retinrent à l’époque l’attention de Madeleine Milhaud, étaient pour lui un mode d’expression peut-être plus important que la musique. Il acquit très vite, en effet, une remarquable sûreté de trait, qui, alliée à une imagination féconde, le conduisit à une production pleine d’intérêt. Les comparaisons que l’on ne manquera pas de faire avec d’autres maîtres d’inspiration et d’époque surréaliste, montrent la fraîcheur de son inspiration.

A partir de 1940, Robert CABY avait désigné La Musique comme registre majeur de son expression, mais il a poursuivi son œuvre de dessin jusqu’à la fin de sa vie.

La présente exposition ne pouvait aborder tous les thèmes qui ont inspiré Robert CABY, et il a semblé préférable de présenter une œuvre nouvelle avec une certaine homogénéité. On remarquera qu’à l’intérieur de ce choix, la diversité est toujours présente, ce que permet un tempérament fort et audacieux comme celui de Robert CABY.

 

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ROBERT CABY (1905‑1992)

in « Cahiers Léon Trotski, n° 49 »

 

Robert Caby est mort. Il était né le 25 mars 1905 à Venette (Oise). Il fit ses études au Lycée Saint-Louis, puis en khâgne au Lycée Louis-le-Grand de 1922 à 1923 où il eut pour condisciples Jean-Paul Sartre et Paul Nizan. C’est dès cette époque, contrairement à ces derniers, qu’il s’intéressa à la politique. Il lut également avec passion Littérature, les écrits dadaïstes et Clarté. Il fit son service militaire de mai 1926 à novembre 1927. Affecté au 1er régiment de tirailleurs de Blida, un régiment disciplinaire, il garda un souvenir pénible de cette période de brimades et de sévices. Ayant refusé de suivre l’école des officiers de réserve, il fut menacé du conseil de guerre pour acte d’insubordination. Il adhéra au PC en 1929 et écrivit dans l’Humanité des articles sur l’art et la musique. Il épousa Simone Dumas qui avait été la secrétaire de Barbusse et devint un collaborateur de Monde. Musicien ‑ il jouait du piano depuis l’âge de dix ans ‑ , il organisa régulièrement des concerts populaires à la Bellevilloise, au siège des coopératives, contrôlé par le PC. En 1933, il sympathisa avec l’Opposition de gauche et, avec trois autres militants, il organisa un groupe oppositionnel clandestin intitulé "Que faire" qui placarda dans Paris une affiche critiquant la politique du PC au moment du voyage de Herriot à Moscou. Il écrivit, peu après, dans La Vérité du 6 octobre 1933, sous le pseudonyme de Biline, un article intitulé “ Ferrat explique la réception d’Herriot en URSS ”. C’est à ce moment qu’il entra en contact avec Sedov pour lequel il éprouva immédiatement une vive sympathie. Bien qu’en désaccord avec la politique entriste, il adhéra à la SFIO et devint, le 12 mai 1935, conseiller municipal socialiste de Champigny-sur-Marne où il habitait. C’est à Champigny, chez lui, qu’il reçut Trotski. De décembre 1935 à juillet 1936 il entretint une correspondance avec ce dernier, l’informant de l’état de l’organisation bolchevik-léniniste et sur la situation politique en France. Il fut candidat à Aulnay-sous-Bois (Seine et Oise) aux élections législatives d’avril 1936 mais n’obtint que 50 voix. En juillet de la même année il devint le secrétaire de la région parisienne du POI. Il devait être également l’un de ceux qui hébergèrent Rudolf Klement lequel fut assassiné par le GPU. Pendant toute sa période militante, Robert Caby ne cessa jamais de pratiquer la musique. Membre de l’AEAR, c’est en tant que délégué de la section "musique" qu’il fit partie du voyage pour les Olympiades de Moscou, en mai 1933, en compagnie du groupe Octobre. Il composa un hymne à la IVe Internationale et fut, aux cours des années trente, un organisateur des fêtes de La Vérité et de Révolution , l’organe des JSR. Il quitta le POI en 1938. Il vécut à Marseille puis en Haute-Provence sous l’occupation. C’est très jeune, à l’âge de dix-huit ans, alors "qu’il passait des nuits sur les partitions de Wagner" que, selon ses propres termes : "la miraculeuse musique de Satie" vint lui "ouvrir l’esprit". Devenu l’ami du compositeur, il lui rendit visite quotidiennement à l’hôpital Saint-Joseph jusqu’à sa mort le 1er juillet 1925. Depuis, il ne cessa d’entretenir son souvenir, de faire connaître et diffuser l’œuvre du maître. Dans de très nombreux articles, conférences, il évoquait la personnalité haute en couleurs de Satie, qui cachait derrière une ironie cinglante et un humour corrosif une bonté et une grande tendresse. Ceux qui ont connu Robert Caby n’oublieront pas son extraordinaire vitalité, malgré la vieillesse et la maladie, son esprit enjoué qui empruntait beaucoup à celui de Satie. Ils n’oublieront pas l’accueil chaleureux dans joli petit appartement où s’entassaient les partitions, sa disponibilité à évoquer les souvenirs. Robert Caby se consacra toute sa vie à la musique. Jusqu’à son dernier souffle, il ne cessa de jouer et de composer des œuvres : des sonates, des centaines de musiques sur des poèmes des plus grands : Apollinaire, Baudelaire, Rimbaud et sur les textes de ses amis. Une œuvre considérable qui reste à découvrir. Une association des amis de Robert Caby s’est constituée pour défendre cette œuvre et sa mémoire.

 

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NOTE  BIOGRAPHIQUE  SUR  ROBERT  CABY

tirée du

DICTIONNAIRE  BIOGRAPHIQUE DU MOUVEMENT  OUVRIER  FRANÇAIS  ( MAITRON )

 

CABY Robert, Joseph, Auguste, dit BILINE

 

Né à Venette (Oise) le 25 mars 1905 ; courtier en publicité en 1935 ; à la fois poète, artiste, compositeur et militant politique.

Membre du Parti communiste en 1929, R. Caby fut au tout début des années 1930 rédacteur littéraire et critique musical à l’Humanité. Il était gérant de La Revue du Cinéma en 1929. Mais il sympathisa bientôt avec l’opposition de gauche trotskiste. R. Caby quitta le P.C. en décembre 1933 après avoir critiqué en octobre le voyage d’Herriot en Union soviétique. Il donna d’ailleurs un compte rendu, à La Vérité, de l’assemblée parisienne des militants communistes, tenue à cette époque, au cours de laquelle Ferrat avait justifié ce voyage.

Suivant la Ligue communiste dans son adhésion en août 1934 au Parti S.F.I.O., R. Caby devint conseiller municipal socialiste de Champigny-sur-Marne (Seine), où il habitait, le 12 mai 1935, sur la liste dirigée par Gaston Chardin. Il démissionna de son mandat le 23 juillet 1937. Après l’exclusion des trotskistes du Groupe bolchevik-léniniste du Parti S.F.I.O., en octobre 1935, et la constitution du Parti ouvrier internationaliste, en juin 1936, R. Caby devint un responsable de l’organisation trotskiste. Il fut candidat à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise) aux élections législatives d’avril 1936, mais ne groupa que 50 voix et se désista en faveur du communiste Demusois. Sous le pseudonyme de Biline, il fut secrétaire de la région parisienne du P.O.I., écrivit des articles dans La Lutte ouvrière, organe de son parti, présida notamment son congrès d’octobre 1936 où il présenta un rapport, anima son école de formation et fut responsable de sa commission « Agit‑Prop ». Il était en correspondance régulière avec Trotski comme l’attestent ses longues lettres du 9 décembre 1935, 18 janvier 1936 et 24 janvier 1936, conservées à Harvard (U.S.A.). R.. Caby devait participer également à l’hébergement de Rudolf Klément, ancien secrétaire de L. Trotski, dont on devait retrouver le corps mutilé dans la Seine, en août 1938 et dont l’assassinat fut attribué à la Guépéou.

Le personnage de R. Caby, ainsi présenté, serait mal défini si l’on ne parlait pas du poète et de l’artiste. Disciple préféré d’Erik Satie, R. Caby, membre par ailleurs de l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires, composa un hymne à la IV° Internationale. Il était proche du groupe théâtral « Octobre » avec lequel il alla en Union soviétique en mai 1933. Grand organisateur des fêtes trotskistes, il s’occupa notamment, lors de la fête de La Vérité en février 1934, des chants et de la musique. En février 1937, à la fête de Révolution, organe de la Jeunes socialiste révolutionnaire, il lut un de ses poèmes devant les assistants.

En 1938, R. Caby quitta le P.O.I. et vécut replié en Provence pendant l’Occupation.

 

SOURCES : Arch. Nat. F 7/131127. ‑ Arc. Dép. Seine et Oise, 2 M 35. 36. 37, 38. ‑ Arch. Dép. Seine, DM3. ‑ Arch. PPO, carton 47. ‑ Arch. Trotski, Harward, documents d’exil, n° 418. ‑ Documentation de l’Institut Léon Trotski. ‑ La Vérité, 6 octobre et 22 décembre 1933, 2 février 1934. ‑ Lutte Ouvrière, 1936 et 1937, ‑ Révolution, 15 mai 1936. ‑ G. Rosenthal, Avocat de Trotski, Paris, 1975. ‑ S. Ketz : De la naissance du G.B.L. à la crise de la section française do la L.C.I. (1934-1936), Mémoire de Maîtrise, Paris 1, 1974. ‑ R. Hisch : Le mouvement trotskiste en France de 1929 à 1933, Mémoire de maîtrise, Paris 1, 1974. ‑ Témoignage autobiographique recueilli en mai 1976.

 

J.M.Brabant [ 1989 ]

 

 

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